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CERAWeek 2026 : Entre triomphalisme et inquiétude, où en est l'industrie de l’énergie face au changement climatique ?

  • il y a 2 heures
  • 5 min de lecture

La CERAWeek est un des plus grands salons professionnels au monde, entièrement dédié à l'énergie sous toutes ses formes : pétrole évidemment, on est au Texas, gaz, nucléaire, beaucoup, renouvelables, moins, réseaux, stockage, services, etc. Callendar y était au sein de la délégation française emmenée par Bpifrance.


Après une semaine intensive, des dizaines de conférences, des discussions directes avec une cinquantaine de dirigeants d'entreprises (Saudi Aramco, Petrobras, Orano USA, ExxonMobil, ENGIE Resources, EnfraGen, Gunvor... pour n'en citer que quelques unes), voici ce que nous avons retenu de la CERAWeek 2026.

Entre croissance exubérante, réalisme climatique et adaptation forcée, les débats ont révélé une industrie consciente de sa vulnérabilité mais qui s'interroge encore sur sa stratégie face à la montée des risques climatiques.


Climate & sustainbility at the CERAWeek 2026

Une industrie en expansion plus qu'en transition


Autant le dire tout de suite : malgré la guerre en Iran et le blocus du détroit d’Ormuz, malgré la crainte d'une bulle de l'IA, malgré les incertitudes politiques, l'ambiance la semaine dernière a Houston n'était pas à la morosité.


D'une manière générale, les industriels de l'énergie occidentaux anticipent de belles années. La croissance de l'intelligence artificielle et la construction rapide de datacenters fait exploser la demande d'électricité, créant une véritable ruée vers les moyens de production. Russes et moyen-orientaux pour les hydrocarbures, chinois pour les matériaux et les équipements, les concurrents internationaux semblent durablement hors-jeux.


Entre-eux, lors de leur grande réunion annuelle, les industriels de l'énergie sont triomphants. Même des secteurs mal-aimés, comme les mines ou le nucléaire, voient soudainement affluer les capitaux et les soutiens politiques.



Le climat à la CERAWeek : entre sérieux, inquiétude et contradiction


Cela ne veut pas dire que le climat a complètement disparu des discussions. En fait, le besoin en énergie, et surtout en électricité, est tel que les productions décarbonées sont aussi à l'honneur. Le nucléaire particulièrement, mais aussi les solution d'efficacité énergétique et les renouvelables. Sur ce dernier point, l'opposition forcenée du gouvernement fédéral américain à l'éolien agace mais le solaire, qui est de la responsabilité des états fédérés, continue à se développer.


CERAWeek 2026 discussion sur la géoingenierie
Un des panels consacrés à la géoingénierie

Dans le même temps, le programme de la CERAWeek accorde une place importante à des techniques de lutte contre le changement climatique controversées : capture et séquestration du carbone, capture directe dans l'atmosphère ou géo-ingénierie.


Le changement climatique est pris au sérieux à la CERAWeek. Dans les panels les rares positions climatosceptiques ou climatorassuristes sont rapidement rabattues par les autres intervenants ou le modérateur.

La place donnée à ces techniques est révélatrice d'une dissonance que l'ont perçoit souvent dans les discussions. Le consensus est que les objectifs de l'Accord de Paris ne pourront pas être tenus. Faut-il pour autant les abandonner ? Majoritairement la réponse est non, le changement climatique est pris au sérieux et tous le monde ici se souvient à quel point l'accord a été difficile à négocier.

Pour concilier ces deux positions, on envisage un "overshoot", un dépassement temporaire de la limite de température de +2°C, tout en misant sur des technologies de ruptures pour ramener le réchauffement à un niveau acceptable.


Risques climatiques : "la bande originale des dents de la mer"


En attendant, les industriels sont conscients qu'ils vont de voir s'adapter et rapidement. On ne parle plus d'anticiper les risques climatiques dans 10 ou 20 ans, on parle du "Texas Freeze" de 2021, des incendies de Los Angeles en 2025... et de ce qui va arriver cette année. Avec l'épisode El-Nino qui se profile, beaucoup de monde s'attend à une période particulièrement chaude, capable de battre à nouveau les records de température des trois dernières années.

Pour reprendre une expression de Terence Thompson (Chief Scientist, Climate Center of Excellence de S&PGlobal) : "si on regarde la météo des dernières années comme un film, la bande originale est le thème des dents de la mer."


Les impacts du changement climatique sont déjà là, il suffit d'ouvrir la fenêtre. Littéralement : fin mars la température aux États-Unis était 5 à 10° supérieures aux normales. Et là aussi la politique de l'administration Trump apparait comme un obstacle. Il n'est pas rare d'entendre dénoncer le démantèlement de la météorologie et de la climatologie publique américaine.


Avec l'accélération du changement climatique et des données publiques moins accessibles et moins fiables, les entreprises se préparent à se tourner vers des acteurs privés pour anticiper les événement climatiques extrêmes ou les risques chroniques.


Présentation sur les risques climatiques physiques dans l'industrie à la CERAWeek 2026
Présentation d'un retour d'expérience sur l'analyse des risques climatiques physiques

Outils d'anticipation et de diagnostic : un aperçu du marché et des besoins exprimés à la CERAWeek


Même pour une entreprises s'estimerait à l'abri, il ne va pas être possible d'ignorer longtemps le sujet. En effet, avec des projections climatiques de plus en plus facilement accessible, elle court le risque que ses investisseurs, ses assureurs ou ses clients fassent leur propres évaluations et s'estiment menacés indirectement. Autrement dit, l'offre croissante de services climatiques tranforme automatiquement les risques physiques en risques financiers.


"Les projections climatiques sont de plus en plus facilement accessibles, ce qui va accélérer la prise en compte économique des risques climatiques dans tous les domaines, de l’assurance aux fusion-acquisition" (Peter Tufano, Harvard Business School)

Certains l'ont bien compris : Google, Amazon et Microsoft était présents et ont chacun présenté des outils de météorologie avec des applications dédiées à l’énergie. Google, par exemple, présentait WeatherNext, les prévisions météo par IA de Deepmind, couplées à une évaluation des impacts sur le système électrique et à la génération automatique de plan d’action pour les opérateurs.


En climatologie, cependant, les projets sont plus rares et se limitent généralement à la réutilisation de données publiques avec une couche d'IA pour l'exploitation. Il n'est pas évident que cette approche réponde aux besoins. En effet, le "pain point" exprimé à la CERAWeek est avant tout le dérisquage des projets vis-à-vis des parties prenantes externes.


Pour cela il faut d'abord des méthode et des outils qui puissent faire autorité. Plusieurs entreprises ont réalisé des comparaisons entre des solutions disponibles sur le marché et se sont aperçus que les "résultats partent dans tous le sens". Les industriels ont donc besoin d’outils "plus transparents et auditables" (Veery Maxwell, partner du fonds d’investissement spécialisé Galvanize).


Ensuite, il faut des résultats opérationnels, qui permettent de décider de l'opportunité économique d'une mesure de protection et de la concevoir de façon à atteindre un niveau de risque acceptable en évitant le sur-investissement. C'est probablement dans ces domaines que devraient se concentrer les efforts.


Justement, Callendar travaille avec des acteurs industriels majeurs du secteur de l'énergie, comme Orano, RTE ou TotalEnergies, pour faciliter l'accès et l'exploitation de projections climatiques dans leur projets.

Vous avez des questions à ce sujet ? N'hésitez pas à nous contacter !



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