Adaptation et études des risques climatiques : comment comparer les offres de services ?
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Dans un article récent, nous nous sommes penchés sur les principales sources de données climatiques publiques. Depuis quelques années, de plus en plus d'entreprises privées proposent également des services climatiques. Outre Callendar, évidemment, on peut citer par exemple Jupiter Intelligence, XDI, Mitiga, Climate-X...
Pour un utilisateur non-expert, il peut être difficile de s'y retrouver entre les différentes offres d'évaluation des risques climatiques. Dans cet article, nous allons voir quelques caractéristiques qui peuvent vous aider à évaluer rapidement la qualité des données climatiques qui vous sont proposées.
Faut-il un climatologue pour vérifier le travail de votre fournisseur de données climatiques ?
D'après les données du CDP, qui évalue les actions de lutte contre le changement climatiques de ses membres, en 2024, seulement 1 entreprises sur 5 avait déjà utilisé des projections climatiques pour anticiper les risques sur son activité. Et parmi celles-ci beaucoup ne sont pas satisfaites.
Les entreprises qui utilisent des projections climatiques expriment souvent beaucoup de frustration : données sans valeur opérationnelle, résultats contradictoires, coût excessif obligeant à réduire le périmètre d'étude... Et finalement vérification impossible.
Les projections climatiques portent sur l'évaluation de phénomène peu probables sur des horizon de temps long, ce qui les rend en pratique invérifiables avant des décennies. Comme toute prévision à long-terme, les projections climatiques ne peuvent pas être jugées sur une hypothétique confirmation mais sur la rigueur de leur élaboration. Le problème c'est que la grande majorité des entreprises ne disposent pas en interne d'experts capables de se prononcer sur le bien-fondé de tel ou tel méthode scientifique, alors faut-il embaucher un climatologue pour vérifier le travail de votre fournisseur de données climatiques ?
Pas nécessairement : dans cet article nous allons vous donner quelques indications qui peuvent vous aider à évaluer la qualité d'une offre même sans être expert en science du climat.
Première étape : clarifier votre besoins et ce que vous propose le prestataire de services climatiques
Ces dernières années, les conseil en adaptation se sont fortement développés. Si ces offres de services climatiques sont difficiles à comparer, c'est d'abord parce que l'adaptation au changement climatique recouvre des d'activités très diverses mobilisant des expertises sans liens entre-elles.
Schématiquement on peut distinguer trois grands domaines :
L'étude d'exposition : anticiper comment le climat va évoluer sur vos zones d'intérêt. Les compétences nécessaires ici sont avant tout scientifiques, parfois avec une couche de data science : il s'agit de manipuler des données climatiques dans le respect des bonnes pratiques. La présence d'un climatologue dans l'équipe est indispensable.
L'évaluation des risques : traduire l'exposition en risques opérationnels ou financiers. Ici les compétences clés sont la connaissance du secteur ou du territoire étudié. Une présence sur le terrain sera souvent nécessaire.
Le plan d'adaptation : concevoir et mettre en œuvre des actions de réduction des risques. Cette étape nécessite une bonne connaissance des techniques de protection pour les risques identifiés mais aussi des compétence en conduite du changement : concertation, sensibilisation, suivi...

Votre besoin ne porte pas forcément sur l'ensemble de cette chaine. De nombreuses entreprises, par exemple, disposent en interne de compétence dans l'évaluation et la gestion des risques météorologiques qui peuvent être facilement mobilisée à partir de la simple étude d'exposition.
Il est d'ailleurs très rare qu'un prestataire possède les compétences pour mettre en œuvre l'ensemble de la démarche. Callendar par exemple est expert des études d'exposition au changement climatique mais n'intervient ni dans l'évaluation des risques ni dans la conception et le suivi de plan d'adaptation. Inversement, beaucoup de cabinets de conseil actifs dans l'adaptation ne possède pas de compétences en climatologie et réutilisent des données climatiques obtenues auprès d'autres organisations.
Pour éviter les déceptions, il est donc indispensable de clarifier ce dont vous avez réellement besoin et de vérifier que votre prestataire possède les compétences correspondantes.
Comment comparer des offres de projections ou de services climatiques sans être expert ?
Quelle que soit votre besoin, l'accès à des projections climatiques fiables sera toujours nécessaire. Si l'étude d'exposition n'est pas correcte cela va nécessairement fausser l'évaluation des risque et à son tour le plan d'adaptation.
Par exemple si l'augmentation de la température sur un de vos site est surestimée, votre étude de risque va surévaluer l'exposition à chaleur de ce site au détriment d'autres aléas ou d'autres sites. Et votre plan d'adaptation va vous orienter vers un surinvestissement, par exemple dans des systèmes de refroidissement surdimensionnés, absorbant des ressources qui auraient pu être mieux employées ailleurs.
Pour vous faire une idée de la fiabilité des données climatiques sans être expert, voici à quoi vous devez être vigilant :
Connaitre l'expérience dont sont issues les données climatiques
Vérifier l'application de bonnes pratiques scientifiques de base
Avoir un regard critique sur la résolution spatiale
S'assurer de l'accès à la méthodologie et aux données intermédiaires
Connaitre l'expérience dont sont issues les données climatiques
Commençons par clarifier un point : aucune entreprise privée ne produit de projections climatiques. Seuls des grands centres de recherches, souvent adossés au services météos nationaux (comme le CNRM avec Météo France), développent et exploitent des modèles climatiques globaux.
A l'échelle internationale, ces centres de recherches se coordonnent au travers d'expérience. Vos données climatiques, même si elles ont été largement retravaillées, viennent forcément de l'une d'elles. Il est facile de savoir laquelle en fonction des scénarios d'émissions utilisés :
CMIP6 : projections les plus récentes, réalisées pour le 6e rapport du GIEC. Elles sont les seules à s'appuyer sur les scénarios SSP (principalement SPP1-2.6, SSP2-4.5 et SSP5-8.5).
CMIP5 : projections du 5e rapport du GIEC. Elles s'appuient sur les scénarios RCP (RCP2.6, RCP4.5, RCP8.5...). Elles restent utilisées même si elles commencent à être très datées : elles remontent à la deuxième moitié des années 2000, il y a presque 20 ans !
CMIP3 : projections du 4e rapport du GIEC (il n'y a pas de CMIP4), désormais pratiquement inutilisées. Elles utilisent les scénarios SRES (A1, A2, B1, B2).
Les projections de la génération CMIP5 restent très utilisées, notamment parce que beaucoup de données "prêtes à l'emploi" sont disponibles. Par exemple en France, DRIAS est basé sur des projection CMIP5 régionalisées (projections CORDEX).
Il faut cependant être conscients que ces projections sont appelées à être remplacées dans les prochaines années par celle de l'exercice suivant. Si vous voulez une évaluation qui reste valable dans la durée, il est donc préférable de choisir directement des projections CMIP6.
Vérifier l'application de bonnes pratiques scientifiques de base
Évidemment le sujet est vaste et en évolution, mais vous devriez vous assurer d'au moins deux choses :
L'application d'une méthode de correction de biais : Les données issues des modèles climatiques peuvent contenir des erreurs systématiques et ne doivent pas être utilisées directement. Pour détecter et corriger ces erreurs, un "débiaisage" est nécessaire. Le choix d'une méthode de débiaisage est une affaire compliquée, mais cet étape est en tous cas indispensable.
L'utilisation d'un ensemble multimodèles : Il existe de nombreux modèles climatiques et aucun ne détient la vérité. Les projections doivent systématiquement utiliser plusieurs modèles indépendants et évaluer le niveau de convergence : la valeur fournie (généralement la médiane des résultats de chaque modèle) aura un signification très différente si tous les modèles arrivent à peu près au même résultat ou si, au contraire, ils sont très dispersés.

Ces deux vérifications ne suffisent pas à garantir la validité des résultats fournis, mais elles peuvent vous permettre de détecter des données qui ruineraient la crédibilité de votre démarche d'adaptation.
Avoir un regard critique sur la résolution spatiale
La résolution spatiale des projections est devenu un des éléments les plus mis en avant dans dans les propositions commerciales - parfois au prix de quelques arrangements avec la réalité... Certains prestataires n'hésitent pas à annoncer une résolution spatiale de quelques centaines de mètres, voire de quelques dizaines de mètres.
Il n'est pas inutile de se rappeler qu'un modèle climatique est fondamentalement un modèle météo : feriez-vous confiance à quelqu'un qui vous dit que ses prévisions météo sont tellement fines qu'il peut vous dire où il va pleuvoir le plus dans votre jardin ?
Pour comparaison le modèle météo le plus fin de Météo France a une résolution spatiale de 1.3 kilomètres et même un spécialiste de l'observation météo à très haute résolution comme HD Rain annonce une précision de seulement 500 mètres.
En général, les offres de projections climatique qui revendiquent un niveau de détail aussi aussi élevée confondent, volontairement ou non, la résolution des projections climatiques et celle d'autres données physiques (altimétrie, occupation des sols...) prises en compte plutôt au stade de l'évaluation des risques.
La résolution des projections climatiques, même augmentée par des techniques de descente d'échelle, est généralement de l'ordre de la dizaine de kilomètres. Elle est de toute façon limitée par la résolution des données météo historiques, indispensables à la correction de biais. Autrement dit : vous ne pouvez pas avoir une projections climatique fiable à un endroit où vous n'avez pas une donnée météo fiable.
S'assurer de l'accès à la méthodologie et aux données intermédiaires
Même si vous n'êtes pas en mesure de vous faire une opinion vous-même sur la validité des méthodes utilisées, votre fournisseur de données climatiques devrait vous communiquer une méthodologie détaillée, idéalement avant que vous vous engagiez. Cette méthodologie doit au moins répondre aux questions suivantes : Quelles sont les sources de données utilisées ? Quels sont les principaux traitement effectués ? Et pourquoi ?
Au-delà de la question de la fiabilité, les projections climatiques vont être incorporées dans des rapports et des plan d'action que vous aurez certainement à défendre auprès de vos propres parties-prenantes : investisseurs, banques, assureurs, collectivités et riverains, services de l’État... Ceux-ci voudront à leur tour se faire une idée de la validité de vos études et potentiellement les comparer à leurs propres évaluations. Une bonne méthodologie, vulgarisée et sourcée, vous sera alors très utile.

De la même façon, les données fournies ne devraient pas être limitées aux résultats finaux. L'accès aux données intermédiaires, notamment aux projections climatiques débiaisées, est indispensable. Il s'agit d'abord d'un enjeu d'auditabilité. Mais ces données vous permettront aussi de réutiliser les résultats, par exemple pour calculer de nouveaux indicateurs, sans dépendre de votre prestataire initial.
L'auditabilité et la transparence sont des critères clés dans le choix d'une offre de service climatique... et contrairement à la validité scientifique, ils sont faciles à évaluer.
Application à la comparaison de quelques offres de services climatiques existantes
Jupiter Intelligence : une solution performante pour la finance, mais limitée pour l’industrie
Basée aux États-Unis, Jupiter est l'une des solutions climatiques payantes les plus visibles du marché. Sa plateforme regroupe plusieurs modules orientés sur l'analyse du risque physique, la conformité réglementaire et le calcul d'indicateurs financiers.
L'application de notre grille à leur outil ClimateScore Global aboutit au résultat suivant :
Expérience | ✅ CMIP6 (1) |
Bonnes pratiques (Débiaisage, multimodèle, incertitudes) | ✅ Oui (1) mais non détaillé |
Résolution spatiale | ⚠️ 90 mètres (2) |
Transparence et auditabilité (Méthodologie et données intermédiaires) | ⚠️ Non |
La solution de Jupiter Intelligence a manifestement été taillée sur mesure pour les banques, assureurs, investisseurs et équipes de gestion des risques qui doivent produire des reportings réglementaires (comme la TCFD), évaluer le risque financier et qui ont besoin d’une évaluation synthétique sur de nombreux actifs. En contrepartie, leurs modèles fonctionnent largement comme des "boîtes noires" produisant des scores de risques agrégés, utiles pour piloter un portefeuille, mais inexploitables par un ingénieur qui doit redimensionner concrètement la structure d'un bâtiment ou un système de refroidissement.
AXA Climate (Altitude) : une plateforme tournée vers la simplicité
La filiale du groupe d'assurance, AXA Climate propose une plateforme d’aide à la décision climatique Altitude. Elle s'articule autour de trois axes : le risque physique, la stratégie d’adaptation et la conformité réglementaire. La plateforme est largement orientée pour le screening de portefeuille, facilitant le diagnostique macro et la priorisation, en se basant sur un scoring de risque agrégé.
Expérience | ✅ CMIP6 (1) |
Bonnes pratiques (debiaisage, multimodèle, incertitudes) | ⚠️ Non détaillé |
Résolution spatiale | ⚠️ "Jusqu'à 30 mètres" (2) |
Transparence et auditabilité (Méthodologie et données intermédiaires) | ⚠️ Non |
Altitude d'Axa Climate a été conçue comme un outil de pilotage du risque et d’adaptation pour l’entreprise. Son positionnement semble aller vers une simplification à l'extrême, avec la volonté de couvrir via une seule plateforme l'ensemble des enjeux ESG, comme les risques climatiques physiques et la biodiversité. Cela en fait une offre attrayante pour les besoins de reporting extra-financier, mais qui peut manquer de transparence et de profondeur pour d'autres usages.
Mitiga (EarthScan) : entre modélisation extrême et utilisation opérationnelle limitée
La plateforme EarthScan, développé initialement par le britannique Cervest et rachetée par l'espagnol Mitiga Solutions, se présente comme une solution de gestion du risque climatique reliant science du climat et stratégie d’entreprise. Spécialisée dans la modélisation des risques naturels extrêmes (inondations, incendies, tempêtes), la plateforme propose des projections climatiques pour les industriels, les institutions financières et assurances, offrant des livrables tels que des rapports de risques financiers via le Climate Value at Risk.
Expérience | ⚠️ CMIP5 et CMIP6 (1) |
Bonnes pratiques (debiaisage, multimodèle, incertitudes) | ✅ Oui (1) |
Résolution spatiale | ✅ 25 kilomètres (2) |
Transparence et auditabilité (Méthodologie et données intermédiaires) | ⚠️ Non |
Earthscan cible prioritairement le reporting de risques climatiques physiques et supporte de nombreux cadres réglementaires (CSRD, TCFD, ISSB...). La méthodologie détaillée n'est pas disponible mais les informations partagées suggèrent une approche assez rigoureuse.
ClimateVision : les projections climatiques actionnables pour l’ingénierie industrielle
La solution ClimateVision développé par Callendar, se différencie par un positionnement explicitement centré sur les infrastructures et les projets industriels. L’entreprise vise à fournir des projections climatiques utilisables dans le cadre de décisions techniques comme le dimensionnement d'installation sensible sà la météo (système de refroidissement, drain, bac de rétention, structures élevée...). ce niveau de granularité permet, après aggrégation, de répondre à d'autres besoins par exemple dans le cadre de rapport de risques climatiques ou de due dilligence.
Expérience | ✅ CMIP6 (1) |
Bonnes pratiques (debiaisage, multimodèle, incertitudes) | ✅ Oui (1, 2) |
Résolution spatiale | ✅ 25 à 5.5 kilomètres (2) |
Transparence et auditabilité (Méthodologie et données intermédiaires) | ✅ Intégralement fournies (3) |
A l'inverse des solutions mentionnées, ClimateVision ne se positionne pas comme une solution de reporting réglementaire ou financier, mais d'abord comme une solution d'ingénierie. En pratique cela conduit à réaliser des projections détaillées qui peuvent répondre à l'ensemble des besoins d'une entreprise. Cependant cela peut nécessiter un retraitement des données et certaines aléas exigées par la réglementation (comme la grèle) ne sont pas disponibles parce qu'il n'existe pas de méthode reconnue pour les évaluer.
Le dernier et ultime critère pour choisir votre offre de service climatique
Ce tour d'horizon n'est pas exhaustif, ce serait d'ailleurs impossible : des dizaines de startup naissent chaque mois pour s'attaquer au sujet de l'adaptation et d'autres solutions seront probablement disponibles demain... Cette comparaison montre cependant que les offres ne s’opposent pas toujours frontalement : elles répondent souvent à des besoins différents. Certaines sont excellentes pour la conformité, d’autres pour la vision portefeuille, d’autres pour les besoins d'ingénierie.
Vous ne faites par l'acquisition de données climatiques pour faire l'acquisition de données climatiques, ces informations doivent vous aider à prendre des décisions.
C'est finalement le critère le plus important :
Les données qui vous sont proposées vont-elles effectivement vous permettre de prendre les décisions que vous avez à prendre ?
Avez-vous confiance dans l'information qui vous est fournie ?
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Vous avez encore un doute ? Parlez nous-en !
Depuis 2019, Callendar est un des pionniers des services climatiques en France. Intervenant auprès de grands acteurs industriels, mais aussi de centaines de milliers de français au travers de nos applications grands publics, nous saurons forcément vous orienter vers la solution adaptée à vos besoins.


