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Comment anticiper l’impact du changement climatique sur la production éolienne ?

  • il y a 19 heures
  • 8 min de lecture

L’énergie éolienne occupe aujourd’hui une place centrale dans la transition énergétique mondiale. Gouvernements, investisseurs et énergéticiens voient de plus en plus l'éolien comme une solution pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et leurs dépendance énergétique. Paradoxalement cette industrie au cœur de la lutte contre le changement climatique oublie que le climat change lorsqu'il s'agit de concevoir et de financer ses projets. Les performances futures sont généralement calculées à partir de données météorologiques historiques, avec une hypothèse implicite : le climat est stable, les données passées sont représentatives des conditions des prochaines décennies à venir.


Or, les régimes de vent évoluent, les températures augmentent et le fonctionnement du système atmosphérique change... Cette dynamique soulève un problème clé pour le secteur éolien : dans un contexte de changement climatique, peut on encore considérer que les conditions de vent futures seront similaires à celles observées par le passé ?

Depuis une quinzaine d’années, de nombreuses études scientifiques ont cherché à quantifier l’impact du changement climatique sur les ressources éoliennes et la production d’électricité. Leurs résultats varient selon les régions, les modèles climatiques et les méthodologies, mais la plupart mettent en évidence des tendances à la baisse des productibles.


Comprendre les méthodes utilisées et leurs limites est essentiel pour interpréter correctement ces résultats. Tous les modèles ne décrivent pas la même réalité et certains offrent une représentation nettement plus réaliste du comportement futur des parcs éoliens. Cet article propose une revue des principales méthodologies utilisées dans la littérature scientifique et les études industrielles sur le sujet.


La production d'électricité éolienne est très sensible à la météo. Le changement climatique peut avoir un effet matériel sur la production d'énergie et la rentabilité.

Du vent à l'électron : les méthodes pour anticiper l’impact du changement climatique sur la production éolienne

Les études académiques utilisent généralement trois grandes familles d’indicateurs pour évaluer l’évolution future des ressources éoliennes sous l’effet du changement climatique :

  • la vitesse du vent (Wind Speed, WS)

  • la densité de puissance éolienne (Wind Power Density, WPD)

  • la production électrique réelle (Actual Energy Production, AEP)


Chaque approche présente des avantages et des inconvénient et un niveau de réalisme variable pour représenter la production éolienne future.


Vitesse du vent : l’indicateur le plus simple


La méthode la plus immédiate pour anticiper l'évolution de la production éolienne est de s'appuyer sur des projections de vitesse du vent.


La vitesse du vent à 10 mètres fait partie des sorties de la plupart des modèles climatiques, ce qui la rend cette variable facilement accessible pour les projections futures. Les études s’intéressent généralement aux variations de la vitesse moyenne du vent ou à certains percentiles, que ce soit à des altitudes standard des modèles climatiques ou extrapolées au niveau du moyeu des éoliennes.


Cette approche présente plusieurs avantages. La vitesse du vent est relativement simple à calculer, facile à comparer entre régions et directement issue des sorties des modèles climatiques. C’est pourquoi les premières études sur le lien entre changement climatique et énergie éolienne se sont largement appuyées sur cet indicateur.

Cependant, la vitesse du vent donne une vision très imparfaite la production éolienne. La production d'une éolienne ne varie pas linéairement avec la vitesse du vent. Une baisse de 10 % de la vitesse du vent ne se traduit donc pas nécessairement par une baisse équivalente de la production. Selon les caractéristiques des turbines et la distribution locale des vents, l’impact réel peut être beaucoup plus important, plus faible, voire inexistant.


Densité de puissance éolienne : une représentation physique plus réaliste


Pour mieux représenter l’énergie réellement disponible dans l’atmosphère, de nombreuses études utilisent la densité de puissance éolienne.

La densité de puissance éolienne mesure l’énergie cinétique contenue dans l’air en mouvement par unité de surface. Contrairement à la vitesse du vent, elle intègre directement la relation physique entre mouvement de l’air et énergie. La densité de puissance éolienne varie avec la densité de l'air et le cube de la vitesse du vent.


Cette relation implique que de faibles variations de vitesse du vent peuvent entraîner des variations importantes de l’énergie disponible. Une augmentation de 10 % de la vitesse du vent peut ainsi se traduire par une hausse d’environ 30 % de l’énergie disponible, les ordres de grandeurs sont les mêmes à la baisse.


Cependant, la densité de puissance reste un indicateur de ressource et non de production électrique.

Une éolienne ne capte qu’une fraction de l’énergie cinétique du vent. Selon la loi de Betz, le rendement maximal théorique est d’environ 59 %, et les turbines industrielles modernes convertissent en pratique autour de 40 % de cette énergie en électricité dans des conditions optimales.


Par ailleurs, de nombreuses études simplifient les calculs en supposant que la densité de l’air est constante. Cette hypothèse ignore l’un des effets les plus certain et les plus universels du changement climatique : la hausse des températures.


L’air chaud étant moins dense que l’air froid, une augmentation des températures, même sans modification de la vitesse du vent, réduit l’énergie cinétique de l'air en mouvement. Dans des conditions usuelles, une hausse de 3 °C entraîne une baisse de l’ordre de 1 % de la densité de l’air et donc de la densité de puissance éolienne.

Bien que cet effet puisse sembler limité, il se rencontre presque partout, ce qui introduit une tendance baissière systématique sur les ressources éoliennes futures.


Modèles de production électrique : intégrer le comportement réel des éoliennes


Les études les plus avancées cherchent à estimer directement la production d’électricité plutôt que la seule disponibilité de la ressource éolienne. Pour cela, elles utilisent souvent une version simplifiée ou idéalisée de la courbe de puissance d'une éolienne. La courbe de puissance indique la quantité d’électricité produite par une turbine en fonction de la vitesse du vent.


En dessous de la vitesse de démarrage, généralement comprise entre 3 et 4 m/s, l’éolienne ne produit pas d’électricité. La production augmente ensuite avec la vitesse du vent jusqu’à atteindre la puissance nominale de la machine. Au-delà de la vitesse de coupure, généralement située autour de 25 m/s, la turbine s’arrête et se met en sécurité afin d'éviter tout risque de dommage mécanique.


Cette relation signifie que la production réagit très différemment à des changement de vitesse de vent dans la plage de démarrage, de production nominale ou de coupure. Par conséquent deux sites présentant la même vitesse moyenne du vent peuvent afficher des productibles très différents selon la distribution de ces vitesses.


La courbe de puissance réelle d'une éolienne entraine une réponse très non-linéaire de la production électrique à la vitesse du vent
Exemple de courbe de puissance réelle d'une éolienne de 6,6 MW, une variation de la vitesse du vent entre 10 et 20 m/s n'a pratiquement pas d'impact sur la production électrique, alors que la densité de puissance éolienne est multipliée par huit sur cette même plage.

Certaines méthodes simplifiées se limitent à mesurer la fréquence des vitesses de vent situées entre les vitesses de démarrage et de coupure, dans la plage de fonctionnement de l’éolienne. Les approches plus élaborées peuvent utiliser l’intégralité de la courbe de puissance pour calculer la production attendue à chaque pas de temps.


Dans les deux cas, ces méthodes offrent une représentation plus réaliste de l’impact du changement climatique sur la production éolienne, car elles prennent en compte les réalités physiques et techniques des turbines.


Des modélisations plus fines mais encore limitées


L'évolution des méthodologies au cours de la dernière décennie témoigne d'une maturité croissante. Une revue de littérature publiée en 2020 sous la direction de Sara Pryor recensait 29 études consacrées à l’impact du changement climatique sur les ressources éoliennes. Parmi elles, seulement 5 s'appuyaient sur un modèle de production réel, tandis que 11 faisaient appel à une analyse de la vitesse du vent.


Une mise à jour réalisée par Callendar sur 14 études supplémentaires publiées depuis 2020 met en évidence une évolution des pratiques. Les publications fondées sur la vitesse du vent ont quasiment disparu. Les chercheurs privilégient désormais des approches basées sur la densité de puissance éolienne ou sur l'estimation directe de la production d'électricité.


Cette évolution traduit une prise de conscience croissante des limites des indicateurs simplifiés pour évaluer les performances futures des parcs éoliens. Néanmoins, malgré ces progrès, plusieurs limites se retrouvent dans la plupart des études.


La plupart des études ne prennent pas en compte l’emplacement réel des parcs éoliens


Les projections réalisées dans le cadre de publications académiques portent généralement sur des moyennes régionales ou les mailles des modèles climatiques. Si cette approche permet d’identifier les grandes tendances, elle présente souvent une utilité limitée pour les acteurs du secteur. En effet les parcs éoliens ne sont pas répartis uniformément : ils sont concentrés dans quelques zones bénéficiant des meilleures ressources en vent, comme la mer du Nord, la Mongolie intérieure ou les Grandes Plaines nord américaines.


Or, l'évolution des productibles est très hétérogène. Une évolution des productibles dans ces zones de production stratégiques aura des conséquences disproportionnées. Il est donc essentiel de tenir compte de la position réelle des sites en exploitation ou en projet pour antiiper l'impact du changement climatique sur la filière éolienne.


Energy Production Modeling Remains Simplified


Only a limited number of studies explicitly model future electricity generation using turbine power curves.

Even when they do, turbine representations are often simplified and rarely account for differences between turbine power curve. As turbine designs continue to evolve, these assumptions can significantly influence projected outcomes.


Les modèles de production restent simplifiés


Assez peu d'étude cherchent à estimer directement la production future d'électricité à partir de courbes de puissance d'éoliennes.


Lorsqu'elles le font, les représentations utilisées demeurent généralement simplifiées. La plupart des travaux s'appuient sur une courbe de puissance unique ou sur des hypothèses génériques qui ne reflètent pas la diversité des turbines et leurs évolutions. En particulier, les éoliennes mises en service dans les prochaines décennies seront probablement plus puissantes que celles qui existent aujourd'hui, compensant tout ou partie de la baisse des productibles. Dans le cadre de projets réels, les développeurs et les financeurs doivent pouvoir tenir compte de ces évolutions.


Pratiquement tous les modèles ne tiennent compte que de la vitesse du vent


La limite la plus importante est sans doute que la grande majorité des méthodologies reposent encore essentiellement sur une seule variable atmosphérique : la vitesse du vent.


Qu'il s'agisse de la vitesse du vent elle même, de la densité de puissance éolienne ou de modèles de production, les estimations sont très largement univariées. Or, la production d'une éolienne dépend en réalité d'autres variables, en particulier de la température. En modifiant la densité de l'air, elle influence directement l'énergie disponible dans le vent et donc le productible éolien. Certaines études tentent de prendre en compte cet effet à travers des corrections de densité de l'air, mais sans effectuer de correction multivariée capables de préserver les relations physiques entre les différentes variables atmosphériques à chaque pas de temps.


Vers des évaluations plus réalistes du risque climatique pour l’énergie éolienne


La communauté scientifique a considérablement progressé dans la modélisation et la compréhension des impacts du changement climatique sur les ressources éoliennes. Les méthodologies ont évolué, passant d’indicateurs simples basés sur la vitesse du vent à des représentations plus réalistes de la production d’énergie. Pour autant, des limites et des incertitudes subsistent

.

Pour les développeurs, investisseurs, exploitants et décideurs du secteur, l’enjeu est clair : dépasser les évaluations globales ou simplifiées des ressources au profit de méthodes combinant des projections climatiques fiables et une représentation réaliste du comportement des turbines.


Pour répondre à ce besoin, Callendar a développé une méthodologie combinant projections climatiques multivariées et modélisation flexibles du fonctionnement des éoliennes. Intégrée à la plateforme ClimateVision, cette approche peut être mise en oeuvre facilement pour analyser la production future de centaines de sites éoliens à travers le monde ou à l’échelle d’un portefeuille.



Cette méthode et les résultats de projections sur les principaux parcs éoliens de la planète seront présentés le 9 juin lors d’un événement à Paris, réunissant chercheurs, experts du secteur éolien, développeurs et investisseurs afin d’échanger sur les implications du changement climatique pour la filière et sur les stratégies d’adaptation possibles.

Si vous êtes impliqué dans le financement, le développement ou l'exploitation de projets éoliens, vous pouvez vous inscrire via ce lien pour participer à la discussion et découvrir les résultats :


Callendar unveils new wind yield projections under climate change

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