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Les infrastructures numériques face au changement climatique : quels risques pour les réseaux, les data centers et les services télécom ?

  • 14 avr.
  • 8 min de lecture

Il serait facile d'imaginer que le "cloud" est immatériel. En réalité, il repose sur des infrastructures bien concrètes : data centers, réseaux électriques, fibres optiques, équipements télécoms ou encore systèmes de refroidissement. Comme toutes les infrastructures critiques, ces actifs sont exposés aux effets du changement climatique. Vagues de chaleur, inondations, tensions sur la ressource en eau, tempêtes ou encore ruptures d’approvisionnement : ces risques ne relèvent plus d’hypothèses lointaines, mais s’imposent désormais comme des enjeux opérationnels et stratégiques.


Dans cet article, nous verrons pourquoi et comment les entreprises doivent intégrer les risques climatiques dans la conception, le dimensionnement et la gestion de leurs infrastructures numériques, afin de renforcer durablement leur résilience.


L'article est tiré d'un webinaire organisé en mars 2026 avec Emma Le Boulicaut, Chargée de mission Numérique responsable à la Direction Générale des Entreprises, et Gregory Lebourg, Global Environmental Director chez OVH.


Webinaire : Les infrastructures numériques face au changement climatique

Derrière le “cloud”, des dépendances très concrètes


Une évidence souvent oubliée : même s'ils sont dans le "cloud", virtuels, artificiels, distribués, les services numériques ne sont pas hors-sol. Ils dépendent toujours d'un serveur, dans un bâtiment, d’une alimentation électrique, d’équipements informatiques, de systèmes de refroidissement, de connectivités télécoms et d’une chaîne logistique matérielle. Autrement dit, la résilience d’un service numérique dépend d’un ensemble d’infrastructures physiques interdépendantes.


Cette matérialité entraine une forte vulnérabilité des services numériques face aux risques climatiques. Une vague de chaleur peut dégrader le fonctionnement du refroidissement d’un data center, une inondation peut atteindre des sous-sols techniques ou des équipements de secours, une sécheresse peut compliquer l’accès à l’eau et une tempête peut endommager des réseaux aériens ou provoquer des coupures électriques.


Le risque ne vient donc pas seulement du site lui-même, mais aussi de ses dépendances : énergie, eau, télécoms, maintenance, approvisionnement.

Évènement climatique

Impact

Conséquence

Chaleur extrême

La dégradation des systèmes de refroidissement des data centers

Mises à l’arrêt préventives et la baisse de performance des infrastructures

Inondation

La submersion des sous-sols techniques et des équipements de secours

Interruptions prolongées et dommages matériels importants

Sècheresse

La limitation de l'accès à l’eau nécessaire au fonctionnement de certaines infrastructures

Limitation de la capacité opérationnelle et augmentation les coûts énergétiques

Tempêtes (vents violents)

L'endommagement des réseaux aériens et provoquant des coupures électriques prolongées

Perturbations des télécommunications, impactant la continuité des services numériques et la fiabilité des infrastructures


Des cas industriels concrets et déjà documentés

Ces vulnérabilités ne sont pas théoriques, la tempête Sandy, qui a frappé la côte Est des États-Unis en 2012 en est un exemple emblématique. De nombreux data centers ont été mis en défaut par les coupures d'électricité et les inondations. Un datacenter exploité par Datagram, au 25e étage d'une tour de Manhattan, a par exemple subi une panne de 4 jours parce que les réserves de carburant et le système de pompage alimentant son groupe électrogène de secours étaient situés au sous-sol et se sont retrouvés submergés.


Inondations lors de la tempête Sandy - New York 2012
Inondation à New York pendant la tempête Sandy en 2012 (source : National Geographique France)

En juillet 2022, le Royaume-Uni a enregistré un record national des températures atteignant 40,3°C. Le Met Office souligne que cet épisode de chaleur extrême était inédit et que ce type d’événement devient plus probable avec le changement climatique. Le même organisme indique qu’avec un scénario d’émissions intermédiaire, une année comme 2022 pourrait devenir "moyenne" d’ici le milieu du siècle au Royaume-Uni.


Cette crise a mis en évidence la nécessité de dimensionner les infrastructures à partir de projections climatiques robustes et fiables, capables d’intégrer des événements extrêmes dont l’intensité et la fréquence dépassent les références historiques.

Cette canicule a eu des effets très concrets sur l’infrastructure numérique. La BBC rapporte que Google et Oracle ont subi à Londres des incidents liés à des défaillances de refroidissement, les systèmes ayant été sollicités au-delà de leurs limites de conception. Même pour des acteurs majeurs, la chaleur extrême peut provoquer des interruptions et des mises à l’arrêt.


Infrastructures numériques : Les data centers en première ligne

Les data centers concentrent une partie importante du risque, parce qu’ils cumulent plusieurs vulnérabilités : forte dépendance à l’électricité, besoin de refroidissement permanent, sensibilité à la température ambiante, et parfois dépendance à l’eau selon les technologies utilisées. L’ADEME rappelle que ces infrastructures sont devenues un actif stratégique du numérique et que leur fonctionnement repose sur des besoins énergétiques continus, le refroidissement pouvant représenter une part majeure de la consommation du site.


L’enjeu énergétique est d’autant plus stratégique que le poids des data centers progresse à l’échelle mondiale :

  • En 2022 : entre 240 et 340 TWh selon l’IEA (1 à 1,3 % de la demande finale mondiale).

  • Projections 2030 : selon la Commission européenne, la consommation pourrait dépasser 800 TWh/an sous l’effet de l’IA et du calcul intensif.


Le risque ne se limite pas au "bâtiment data center". Il commence souvent par l’alimentation électrique. Grégory Lebourg, directeur environnement d'OVHCloud, souligne que certains câbles anciens peuvent devenir critiques lorsque la température dépasse leur plage de conception. Ainsi l'exposition climatique d’un data center se joue aussi dans ses infrastructures amont, parfois moins visibles mais tout aussi déterminantes.


Eau, chaleur, électricité : un triptyque de plus en plus sensible


Avant même d’aborder les questions de performance ou de capacité, les infrastructures numériques reposent sur un équilibre physique fondamental : produire, alimenter et dissiper. Cet équilibre, longtemps considéré comme stable et maîtrisé, devient aujourd’hui plus fragile sous l’effet du changement climatique. L’augmentation des températures accroît les besoins de refroidissement, les tensions sur les réseaux électriques complexifient l’approvisionnement en énergie, et les épisodes de sécheresse interrogent la disponibilité de l’eau dans certains territoires. Ces contraintes, qui pouvaient jusqu’ici être traitées séparément, tendent désormais à se cumuler et à intéragir.


"Un data center du groupe à Strasbourg consomme environ 50 GWh d’électricité par an mais 15 000 m³ d’eau" - Gregory Lebourg, directeur environnement chez OVH Cloud

Cela ne signifie pas que la question de l’eau soit secondaire. En France, l’Arcep indique que les centres de données ont prélevé 681 000 m³ d’eau en 2023, majoritairement de l’eau potable, avec une hausse de 19 % sur un an. Le volume reste présenté comme modeste au regard d’autres usages, mais sa progression montre bien que le sujet entre dans le champ de la surveillance environnementale et de la planification.


Au fond, la question n’est pas tant de déterminer si l’eau ou l’électricité constitue le principal enjeu, mais de reconnaître que les stratégies d’adaptation doivent être adaptées aux contextes locaux. Un site confronté à des chaleurs extrêmes n’aura pas les mêmes priorités qu’un site exposé aux inondations, à la sécheresse ou aux tempêtes. D’où la nécessité d’adopter une approche fondée sur des projections climatiques locales selon différents scénarios et l’analyse des dépendances critiques.



Ce que les entreprises doivent retenir

Les entreprises fortement dépendantes d’infrastructures numériques, qu’il s’agisse de cloud, d’ERP hébergés, de réseaux télécoms, de centres de supervision ou encore d’objets connectés, doivent désormais intégrer pleinement les enjeux climatiques dans leur analyse des risques.

"Le cloud n’est pas dans le ciel, il est ancré dans des territoires exposés". - Agence Internationale de l'Energie

1) Les impacts dépassent largement les sites physiques

Les impacts peuvent également être indirects, via les prestataires, les hébergeurs, les réseaux ou encore l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Dans ce contexte, il est indispensable d’anticiper les risques climatiques futurs. Une défaillance externe peut aujourd’hui avoir des conséquences immédiates sur la continuité des services internes, il est recommandé de :

  • Cartographier les dépendances critiques (IT, énergie, eau, connectivité)

  • Évaluer l’exposition géographique des prestataires face aux aléas climatiques

  • Intégrer des scénarios climatiques futurs (non seulement des données historiques)

Selon Gartner, plus de 80 % des entreprises auront subi une interruption significative liée à un fournisseur d’ici 2025.

Cette approche permet d’anticiper non seulement les impacts directs (inondation d’un site, surchauffe d’un data center), mais aussi les effets indirects, souvent plus difficiles à maîtriser : indisponibilité d’un fournisseur, rupture de connectivité, tension sur les ressources ou ralentissement des opérations de maintenance.


2) Repenser la conception : robustesse et sobriété

L’intensification des aléas climatiques impose de revoir en profondeur les standards de conception des infrastructures numériques. Les logiques historiques, basées sur des conditions climatiques passées, ne suffisent plus à garantir leur bon fonctionnement dans la durée. Plusieurs leviers peuvent être activés :

  • Adapter les systèmes de refroidissement : watercooling en circuit fermé, optimisation du free cooling, réduction de la dépendance à l’eau

  • Élargir les plages de fonctionnement des équipements pour tolérer des températures extérieures plus élevées

  • Intégrer des scénarios climatiques dans le dimensionnement des installations

  • Développer des architectures distribuées pour éviter les points uniques de défaillance

“Nous devons concevoir des systèmes capables de survivre à des conditions extrêmes, pas seulement d’optimiser leur performance en conditions normales.” Uptime Institute
Illustration du système Watercooling en circuit fermé
Illustration du système Watercooling en circuit fermé (source : Thermal Engineering Blog)

3) Une résilience qui repose sur tout un écosystème

Une infrastructure numérique ne fonctionne jamais de manière isolée. Sa fiabilité dépend d’un ensemble de systèmes interdépendants. Une défaillance sur un seul de ces maillons peut compromettre l’ensemble du service.

Selon l’OECD les pertes économiques liées aux catastrophes climatiques pourraient dépasser 3 à 5 % du PIB mondial d’ici la fin du siècle sans adaptation.

Dans un contexte de changement climatique, ces interdépendances deviennent plus critiques, car elles peuvent être affectées simultanément par un même événement (canicule, tempête, inondation).

Pour renforcer leur résilience, les entreprises doivent adopter une approche systémique :

  • Sécuriser les alimentations critiques (redondance électrique, stockage d’énergie, diversification des sources)

  • Anticiper les contraintes locales (stress hydrique, vulnérabilité du réseau électrique, exposition)

  • Garantir la capacité d’intervention (accès aux sites, disponibilité des équipes, pièces de rechange)


4) Diagnostiquer et prévenir

La stratégie la plus efficace reste la prévention. Dans le domaine des infrastructures numériques, cela passe par une maintenance proactive et une surveillance continue des systèmes critiques. Des actions relativement simples peuvent limiter fortement les impacts :

  • Ajustement des seuils de température et supervision en temps réel des équipements

  • Maintenance régulière des systèmes de refroidissement

  • Mise à jour des dispositifs de secours (alimentation, batteries, groupes électrogènes)

  • Sécurisation des points sensibles (câblage, locaux techniques, zones exposées aux infiltrations)

Ces interventions, applicables à court terme, permettent d’éviter des défaillances majeures, des interruptions de service. Aussi, elle permettent de prolonger la durée de vie des infrastructures, sécuriser la continuité des services et maîtriser les coûts dans le temps.

"Chaque dollar investi dans la résilience peut éviter jusqu’à 4 dollars de pertes". La banque mondiale

5) Le facteur temps : Un enjeu stratégique


Le temps est un paramètre central dans la gestion des infrastructures numériques, mais il est encore trop souvent négligé dans les stratégies d’adaptation au changement climatique. Contrairement à d’autres actifs, ces infrastructures s’inscrivent dans des cycles d’investissement très longs (15, 20 voire 30 ans) et leurs décisions de conception, d’implantation ou de mise à niveau engagent durablement l’entreprise.

Selon les Rapports du GIEC, la fréquence des événements climatiques extrêmes a déjà augmenté de manière significative dans la plupart des régions du monde.

Cette accélération crée un décalage critique entre la durée de vie planifiée des infrastructures et le climat réel auquel elles seront confrontées. Une conception basée uniquement sur le climat passé expose l’entreprise à des risques majeurs, allant de la perturbation des services à des coûts de réparation et d’adaptation imprévus.

Dans ce contexte, la réflexion stratégique ne peut plus se limiter au ROI immédiat. Les décideurs doivent intégrer le coût de l’inaction (les impacts directs et indirects d’un événement extrême non anticipés, les interruptions de service, les pertes d’exploitation et les réinvestissements d’urgence) qui peut largement dépasser le coût d’actions préventives ou d’adaptations intégrées dès la conception.


Conclusion

Le changement climatique rappelle une chose simple : les infrastructures numériques sont des infrastructures critiques comme les autres. Elles ne sont ni immatérielles, ni extérieures aux contraintes physiques du territoire. Les data centers, les réseaux et les services numériques doivent désormais être pensés dans un climat futur, pas dans le climat d’hier. Les événements récents, l’évolution des obligations européennes et la montée des tensions sur l’énergie et l’eau convergent dans la même direction : l’adaptation des infrastructures numériques n’est plus un sujet de niche, mais une condition de leur fiabilité.

Anticiper ces risques implique de repenser la conception, le dimensionnement et la gestion des infrastructures : renforcer la robustesse des systèmes, diversifier les sources critiques, intégrer des scénarios climatiques dans la planification et adopter une approche systémique des dépendances. Chaque décision prise aujourd’hui conditionne la résilience de demain. Investir dans la prévention et l’adaptation n’est pas seulement un acte prudent, mais un atout stratégique.

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Pour aider les acteurs du numérique à anticiper ces risques, Callendar combine expertise scientifique et outils avancés pour évaluer l’exposition des infrastructures numériques, identifier les dépendances critiques et prioriser les mesures d’adaptation. Cette approche permet de transformer la complexité climatique en décisions concrètes : choix d’implantation, renforcement des systèmes de refroidissement, redondances électriques ou stratégies hydriques adaptées.


Vos services numériques et data centers sont-ils prêts pour le climat d’aujourd’hui et de demain ? Contactez-nous pour réaliser une évaluation climatique opérationnelle et sécuriser vos infrastructures avant qu’un événement extrême ne mette votre activité à l’arrêt.







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